Tant qu'à faire dans la nostalgie...








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Gentil camarade         (Paroles et musique : Marie-Josée Neuville - 1955 - Editions Micro)

Nous habitions tous deux la même ville
Et notre école était la même aussi,
Le soir venu les garçons et les filles
Sur le trottoir discutaient en amis.
Tu étais le costaud de première classique,
J'étais une cigale au cœur plein de chansons,
Le bac nous paraissait l'examen diabolique
Qu'il fallait réussir pour le qu'en dira-t-on !

Oh ! mon grand camarade rempli de gentillesse,
Si nous partions ensemble au long des chemins creux,
Je confierai mon sort à ta folle jeunesse
Et ma main dans ta main nous marcherions joyeux ;
Et ce serait tant pis pour la géographie
Qu'on apprenait dans les livres.
Nous serions deux copains contents de voyager
Par les routes enchantées.

Notre amitié est l'image légère
Du joli temps où nous étions heureux ;
Quand tu faisais l'école buissonnière,
Je t'admirais te croyant audacieux.
Tu ne sécheras plus le cours d'histoire de France,
Tu ne me verras plus : demain tu vas partir ;
Pourtant je serai là dans ton adolescence
Lorsque tu classeras tes chers vieux souvenirs.

Nous souffrirons souvent, mon gentil camarade,
Car la vie nous attend pour nous mettre en prison.
Les bourgeois n'aiment pas beaucoup la sérénade,
Et moins encore peut-être l'esprit François Villon.
Nous nous retrouverons enfin devenus sages,
Bouffis de préjugés bourgeois, à notre tour,
Et nous saurons comme eux nous imposer l'usage
De regretter l'école, nos printemps, nos beaux jours.
Avant de devenir des grincheux mécontents,
Exaltons notre joie de vivre,
Tra la la la la la...
 Page précédente        La complainte Rutebeuf
Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
      Et tant aimés ?
Je crois qu'ils sont trop clairsemés,
Ils ne furent pas bien semés
Et sont faillis.
De tels amis m'ont mal bailli,
Car dès que Dieu m'eut assailli
      En maint côté,
N'en vis un seul à mon hôté :
Le vent, je crois, les a ôtés,
      L'amour est morte.
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Aussi les emporta...

(Rutebeuf - XIIIe siècle - Poème mis en musique et interprété, entre autres, par Léo Ferré)        Haut de page